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Archive pour la catégorie « poésies »

L’Arbre-Seul André Velter

( poésies )

 » Je vais à contre soif,

lèvres aiguisées

sous un vent de silex,

dans l’écho violent des mots

que je ne livre pas . « 



Apollinaire

( poésies )

Tristesse d’une étoile

    Une belle Minerve est l’enfant de ma tête
    Une étoile de sang me couronne à jamais
    La raison est au fond et le ciel est au faîte
    Du chef où dès longtemps Déesse tu t’armais

    C’est pourquoi de mes maux ce n’était pas le pire
    Ce trou presque mortel et qui s’est étoilé
    Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
    Est bien plus grand qu’aucune âme ait jamais celé

    Et je porte avec moi cette ardente souffrance
    Comme le ver luisant tient son corps enflammé
    Comme au cœur du soldat il palpite la France
    Et comme au cœur du lys le pollen parfumé



Rimbaud

( poésies )

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.



Paul Eluard

( poésies )

Notre mouvement 
( … ) 
Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre
Nous naissons de partout nous sommes sans limites

* * *

En vertu de l’amour 
( … ) 
Je n’ai rien séparé mais j’ai doublé mon cœur
D’aimer, j’ai tout créé : réel, imaginaire,
J’ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m’éclaire.



Émile VERHAEREN

( poésies )

Peut-être

Peut-être lorsque mon dernier jour viendra,

Peut-être qu’à ma fenêtre ne fût-ce qu’un instant,

Un soleil  frêle et tremblotant se penchera.
 

 

 



Alfred de MUSSET

( poésies )

Tristesse

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.



Charles Baudelaire

( poésies )

La musique


La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions.

 Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autrefois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !


 



NAZIM HIKMET

( poésies )

Nous savons tous deux, ma bien-aimée,
qu’on nous a appris
à avoir faim et froid ;
à crever de fatigue
et à vivre séparés.
Nous ne sommes pas encore obligés de tuer,
il ne nous est pas encore arrivé de mourir.

Nous savons tous deux ma bien-aimée,
que nous nous pouvons apprendre aux autres
à combattre pour les nôtres
et à aimer chaque jour un peu plus
chaque jour un peu mieux…

Extrait de Il neige dans la nuit et autres poèmes, éditions Gallimard, 



Louis Aragon

( poésies )

Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
          Il n’y a pas d’amour heureux

(suite…)



Baudelaire

( poésies )

Ciel brouillé

On dirait ton regard d’une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu’allument les soleils des brumeuses saisons…
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé !

Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?



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