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Archive pour la catégorie « poésies »

Rimbaud

( poésies )

Le buffet

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

 - C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.



Baudelaire le chat

( poésies )

 I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !
II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.



Anna de Noailles

( poésies )

Il n’est pas un instant

Il n’est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d’un lit,
Je n’évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l’oubli. [...]

Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute
S’apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l’immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu’il serait juste, propice et tendre
D’expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son coeur content.

Ainsi l’on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j’eus si peur d’aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t’appeler.

Et je me réjouirais d’être un repas funèbre
Et d’héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,
L’emmêlement de nos genoux…



la société des hommes

( poésies )

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal



Verlaine

( poésies )

L’angoisse

Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l’écho vermeil des pastorales
Siciliennes, ni les pompes aurorales,
Ni la solennité dolente des couchants.

Je ris de l’Art, je ris de l’Homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
Qu’étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même oeil les bons et les méchants.

Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L’Amour, je voudrais bien qu’on ne m’en parlât plus.

Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
Au brick perdu jouet du flux et du reflux,
Mon âme pour d’affreux naufrages appareille.



Peuchy

( poésies )

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Mon silence

Votre silence s’impose et affaiblit mon âme
De mon regard d’enfant ne jaillissent plus de flammes
C’est le fracas des vagues qui me parle le plus
Que ce bout de falaise, il ne me reste plus.
Malgré moi je vous aime, et vous admire tant
D’une preuve d’amour, vous en coûte-t’il tant ?
Et je parle en silence, me surprends à chanter
Fais vibrer de mes larmes ces mots inespérés
L’horizon est lointain, ma vie entre vos mains
Et de vous supplier, je clame mon chagrin.
Mes dessins s’assombrissent mais ne vous parlent pas
Mes poèmes sont tristes, ils sont tout comme moi
L’ivresse des nuages est ma seule gaieté
Elle fige mon sourire quand je suis allongé
En haut de la falaise, et les bras repliés
Telle une mise en terre, sans caveau ni curé.
Qu’ai-je donc à souffrir, je ne manque de rien
De l’amour qu’on me donne, on me le donne en biens
Une simple caresse, deux mots dit de tout près
M’aideraient tout de même à me sentir aimé.
Mais le mensonge est là, il crucifie mon être
Telle une religion qui m’oblige à paraître
Et qui sournoisement se déguise en comptine
Mais qui embrase en moi ces souffrances enfantines.
Alors, plutôt que de céder à l’attrait de la mort
Je me tais à jamais et ne mens plus à tort
Je vous laisse corrompre la joie et l’innocence
Je me terre à regret au fond de mon silence.


« De l’amour…à la mort »



L’Amour

( poésies )

Hebergement gratuit d image et photo  J’entends ta voix dans tous les bruits du monde.

 Paul Eluard



Victor Hugo

( poésies )

 

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Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S’indignèrent, et Jeanne a dit d’une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s’est récrié : – Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L’ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L’enfant n’a plus rien qui l’arrête.
Vous démolissez tout. – Et j’ai baissé la tête,
Et j’ai dit : – Je n’ai rien à répondre à cela,
J’ai tort. Oui, c’est avec ces indulgences-là
Qu’on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. – Jeanne alors, dans son coin noir,
M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l’autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures

Je l’ai apprise à l’école,elle me faisait rêver alors  Jeanne.

c’est pour toi Grand Père . Pour tout l’amour que tu m’as donné lorsque tu étais près de moi.



c’est ce petit rien

( poésies )

 Tous les mots que je ne dis pas , tous les maux qui ne se voient pas, sont cachés derrière ces tableaux, confus dans ces images, déjà dits dans tous ces écrits. Mais la seule chose qui est visible ce petit rien que je suis.

« le bonheur ce n’est pas grand chose c’est du chagrin qui repose » Léo Ferré



Devos ,Raymond

( poésies )

MIGRAINE INFERNALE

J’ai une migraine! Infernale!

C’est comme si… il y avait un métro qui me traversait la tête.

Je prendrais bien de l’aspirine…

Mais…

Lorsque j’en prends,

la migraine s’arrête… mais le métro… aussi…

Alors, il y a des gens qui descendent.

Ca fait un ramdam à l’intérieur!

J’ai les oreilles qui sifflent!

Alors, dès que les oreilles sifflent… les portes se referment, le

métro repart.

Et la migraine revient!

Infernal!



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